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Des efforts pour améliorer l’intégration des services en toxicomanie ont été déployés au cours des dernières années, mais les liens de collaboration entre les ressources demeurent difficiles à établir et à maintenir

D’entrée de jeu, notons que d’après les résultats de l’étude réalisée auprès des personnes toxicomanes, la collaboration entre les services comporte de multiples facettes, allant d’une collaboration minimale (par exemple au moment de la référence) à un réel travail en concertation. Pour en savoir plus sur cet aspect de la collaboration, veuillez consulter le papier virtuel produit par le Centre de réadaptation en dépendance de Montréal – Institut universitaire:

 

L'intégration des services en toxicomanie: les difficultés et les obstacles

 

D’après les gestionnaires et intervenants rencontrés, il n’est pas toujours facile de Collaboration Extrait d’entrevue : « Les autres [services], il faut qu’on coure après pour avoir le service. Donc pour moi, il n’y a pas d’intégration, il n’y a pas de partenariat. » (Gestionnaire, centre hospitalier) Fermer collaborer avec les différentes ressources au moment d’y référer la clientèle, ce qui peut nuire à l’accès à certains services, notamment les services spécialisés:

  • Une des conséquences est la rétention de certains usagers dans une ligne de services ou une ressource qui n’est pas adaptée à leurs besoins. Certains intervenants expriment d’ailleurs un sentiment d’impuissance face à des clientèles lourdes auprès desquelles ils doivent intervenir faute de pouvoir les référer vers des ressources spécialisées.
Les personnes toxicomanes de leur côté apprécient généralement lorsque les services qu’ils consultent collaborent entre eux, ce qui facilite leur accès aux services (fluidité et rapidité) :
• Ils éprouvent alors un sentiment de soulagement et de soutien;
• Ils reçoivent une plus grande quantité et qualité de services;
• Leur prise en charge se spécialise en fonction des problématiques vécues.
La collaboration n’est toutefois pas une panacée. D’abord, les usagers ne semblent pas toujours savoir si les intervenants collaborent ensemble. De plus, pour certains usagers, la collaboration n’est pas toujours souhaitée ou peut devenir problématique :
• Certains sont méfiants quant au partage d’information entre intervenants;
• Ils doivent parfois gérer plusieurs rendez-vous;
• Certains se sentent désorientés ou comprennent mal l’organisation des services.
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Les personnes toxicomanes de leur côté apprécient généralement lorsque les ser...

 

Plusieurs facteurs explicatifs du point de vue des prestataires de services

 

  • La gamme de services offerts n’est pas bien connue de tous, tandis que les rôles de chacun ne sont pas clairement définis – on se demande alors où référer la clientèle et qui doit prendre en charge QUI et QUAND?
Gamme de services
- La complexité des profils de clientèle accentue le flou entre les lignes de services et on ne sait pas toujours où référer les clientèles ayant plus d’une problématique. 
  • Les processus d’évaluation et de référence sont plus ou moins bien coordonnés et cohérents au sein des réseaux, ce qui nuit à la continuité des services offerts à la clientèle.
Processus d'évaluation et de référence
- Il existe peu de processus ou d’ententes formelles entre les lignes ou les réseaux de services – peu de corridors de services ont été mis en place :
. Ainsi, on note que les suivis concertés pendant et suite à la référence entre les services de 1re ligne et ceux de 2e ligne sont peu fréquents. Par exemple, les services spécialisés reçoivent peu de références formelles de la 1re ligne et suite au traitement spécialisé, les suivis post-référence auprès de la 1re ligne se font rares;
. Comme les procédures ne sont pas uniformes d’une ressource à l’autre, la clientèle doit parfois repasser par l’étape de l’évaluation à plusieurs reprises.
  • Les gestionnaires et intervenants soulignent les difficultés de Communication Extrait d’entrevue : « Quand je parlais tantôt de communication entre les intervenants, c’est un peu ça. Je trouve que ça manque beaucoup (…) Des fois, on s’abrite un peu sous la loi d’accès/de la confidentialité. C’est pousser le bouchon un peu loin. Comme je dis, c’est dommage parce que c’est une information qui pourrait être vraiment pertinente pour les différents partenaires qui travaillent avec le même individu, dans le même but. » (Gestionnaire, réseau correctionnel) Fermer communication et d’échange entre les différents réseaux et ressources.
Communication
- Peu de mécanismes d’échange d’informations conjoints ont été mis en place:
. La communication semble particulièrement difficile pour les intervenants qui travaillent auprès de la clientèle judiciarisée, entre les réseaux de la santé et services sociaux et celui de la justice (incluant les services correctionnels);
. La protection de la confidentialité est pointée du doigt par certains intervenants du réseau correctionnel pour expliquer, du moins en partie, cette difficulté à communiquer avec les ressources de santé et de services sociaux.
- Les intervenants des différentes lignes ou réseaux de services soulignent qu’ils ont peu de contact entre eux pour effectuer des références personnalisées, pour des discussions cliniques ou des suivis cliniques conjoints. À titre d’exemple, les plans de services intégrés (PSI) sont peu fréquents.

 

L'intégration des services en toxicomanie: les facteurs facilitant

1. Différentes stratégies visant à faciliter la collaboration et l’intégration des services ont été implantées au sein des réseaux québécois :

  • Des activités de concertation et de gouvernance permettant de réfléchir, de discuter, d’évaluer et de prendre des décisions concernant l’offre de services en dépendance au niveau local ou régional. Par exemple :

→ Des tables régionales ou des comités locaux qui regroupent un ensemble d’organismes clés en dépendance et/ou d’établissements ayant une clientèle commune;

→ Des projets cliniques au sein de réseaux locaux de services:

Projets cliniques
- Ils visent à organiser les services de santé et les services sociaux d’un territoire en fonction des besoins de la population. Ils doivent être définis et élaborés par les CSSS en concertation  avec les partenaires du réseau local.

 

  • Différentes stratégies de coordination permettant d’arrimer les services :

→ Des agents ou équipes de liaison qui assurent la Liaison Extrait d’entrevue : « Moi je dirais qu’avec [le Centre de réadaptation en dépendance], je trouve que ça [les équipes de liaison en milieu hospitalier] c’est un service intégré. Je trouve que ça c’est du partenariat serré où ils sont dans nos murs. On sait qu’ils sont accessibles. On sait où téléphoner. On connaît la personne [l’agent de liaison], ça se passe bien. » (Gestionnaire, centre hospitalier) Fermer liaison entre les différents services offerts par un même établissement ou par plus d’une organisation. Les équipes de liaison en milieu hospitalier des Centre de réadaptation en dépendance (CRD) en sont un bon exemple;

→ Des mécanismes de référence ou d’accès aux services spécialisés en dépendance, tels que des corridors de services entre deux organisations permettant de formaliser les procédures de références. Pour la clientèle jeunesse, un Mécanisme d’accès en toxicomanie est implanté au sein des CRD du Québec;

Mécanisme d'accès
- Le Mécanisme d’accès jeunesse en toxicomanie (MAJT) est un guichet centralisé et unique de réception et d’évaluation des demandes d’aide spécialisée des adolescents toxicomanes qui permet de les orienter vers des services qui sont adaptés à leurs besoins spécifiques.

→ Des plans de services individualisés (PSI) qui permettent d’offrir une prise en charge clinique impliquant plus d’une organisation, en facilitant la coordination des intervenants et la planification et prestation concertées des services nécessaires pour répondre aux besoins de la personne;

→ Des programmes offerts conjointement ou le fait d’offrir plus d’un service dans les mêmes lieux.

Par exemple
- Le Programme de traitement de la toxicomanie à la Cour du Québec dont il a été question précédemment et qui est opéré en concertation avec plusieurs partenaires tels que le MSSS, la Cour du Québec, le ministère de la Justice du Québec, etc.;
- Le Département spécialisé en toxicomanie à l’Établissement de détention de Québec où les services thérapeutiques sont dispensés par le CRD de la région;
- L’équipe itinérance de la Mauricie-Centre-du-Québec qui intervient auprès de personnes ayant des problèmes de consommation ou de santé mentale et qui vivent des situations d’itinérance. Il s’agit d’une Équipe mobile Extrait d’entrevue : « En ayant un membre de quatre organisations dédiés à cette clientèle-là, automatiquement, tout le monde collabore mieux avec nous parce qu’il y a un représentant de chacun dans l’équipe. Ça été une des grands forces et c’était l’idée de base aussi. » (Agence de la santé et des services sociaux) Fermer équipe mobile et concertée formée d'intervenants du CSSS de Trois-Rivières, du CRD Domrémy-de-la-Mauricie-Centre-du-Québec, du Centre Le Havre et de l’organisme Point de rue.

 

  • Des activités de formation et de soutien clinique spécialisées.
Par exemple
- Le programme de Formation croisée Extrait d’entrevue : « Ça permet de mettre les gens en lien, de mieux travailler, de mieux intégrer. Je pense que ça ce sont des voies qui sont prometteuses au niveau de l’intervention pour les troubles concomitants. » (Agence de la santé et des services sociaux) Fermer formation croisée en deux volets : a) sessions d’échange en ateliers avec des participants provenant de différents réseaux et b) les rotations de personnel qui prennent la forme de courts stages d’observation visant à se familiariser au travail de professionnels œuvrant dans d’autres ressources;
- Du soutien-expertise par les ressources spécialisées pour les services généraux.

 

2. Au-delà des stratégies formelles visant à améliorer la collaboration entre les services, notons que plusieurs professionnels font l’effort d’établir des Liens de collaboration Extrait d’entrevue : « On a les centres de thérapies, on a le CRD, on a des CLSC, les hôpitaux, les organismes communautaires, les lignes téléphoniques, les groupes de soutien… On prend tout ce qu’on a comme ressources. On se l’approprie et on tente de créer des liens » (Intervenant, CSSS-CLSC) Fermer liens de collaboration informels avec des intervenants des autres organisations. Plusieurs exemples de communication et de collaboration réussis ont été mentionnés par les intervenants. Ainsi, des liens professionnels personnalisés (d’intervenants à intervenants) se sont développés suite à des initiatives locales ou au fil du temps et des contacts répétés.

 

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