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Malgré qu’ils reconnaissent la qualité des services spécialisés en dépendance offerts au Québec et leurs impacts, les personnes toxicomanes rencontrent plusieurs obstacles qui nuisent à leur engagement en traitement

L'engagement en traitement: les difficultés et les obstacles

Même lorsque les professionnels détectent une problématique de toxicomanie et réfèrent vers les ressources spécialisées, certaines personnes toxicomanes ne consulteront pas les services ou, si elles le font, ne persévèreront pas en traitement.

Certains intervenants ont l’impression que les personnes toxicomanes sont généralement peu motivées à modifier leurs habitudes de consommation. Cette impression n’est pas totalement fausse puisque les usagers eux-mêmes se sont dits peu motivés au changement à un certain moment au cours de leur trajectoire. La motivation peut toutefois évoluer en cours de trajectoire. Fermer Certains intervenants ont l’impression que les personnes toxicomanes sont génér...

 

Plusieurs facteurs explicatifs du point de vue des personnes toxicomanes

 

  • Certains ne sont pas Prêt au changement Extrait d’entrevue : « [Quand mon éducateur m’a parlé de ma consommation] j’ai dit : « Non, je n’ai pas de problème de drogues. Je peux arrêter quand je veux pis ça m’intéresse pas tes services. » (Berthe, usagère recrutée à l’urgence) Fermer prêts à apporter des changements à leur consommation ou à s'engager dans un traitement :
Changements et engagements
- Ils peuvent ne pas reconnaître avoir un problème ou ne pas souhaiter modifier leur consommation;
- D’autres sont ambivalents face au changement :
. Par exemple, ils peuvent percevoir  plus de pertes que de gains au changement;
. Ils peuvent également craindre le changement en  appréhendant une montagne de difficultés à surmonter et en doutant de leur capacité à changer (par exemple, devoir faire face aux symptômes de sevrage);
- Certains ne souhaitent pas consulter les services et préfèrent apporter seuls des changements;
- D’autres ont vécu des pressions externes à suivre un traitement (pressions des proches ou pressions judiciaires). Ils ont ainsi pu suivre un traitement par exemple pour faire plaisir aux proches ou à des fins utilitaires telles que pour réduire leur sentence judiciaire, mais sans réellement s’engager dans la démarche thérapeutique.

 

  • Certains contextes de vie sont plus contraignants ou moins encourageants face au changement :

→ Avoir peu de soutien de l’entourage dans leurs démarches de changement;

→ Ne pas avoir la possibilité de s’accorder un temps d’arrêt dû à certaines responsabilités professionnelles ou personnelles (ex. avoir un enfant à charge);

→ Être impliqué dans un milieu criminalisé ou devoir faire face à la justice :

Milieu judiciarisé et justice
- Peut nuire au désir de changer (ex. difficile de renoncer aux revenus illégaux);
- Peut entraver l’accès aux ressources (en période de liberté illégale ou de détention).

 

  • Au cours de leur trajectoire, les personnes rencontrées ont parfois vécu de Mauvaise expérience Extrait d’entrevue : « À un moment donné, je me souviens d’avoir appelé  une place [un centre de thérapie]. Je dormais dans un parc dans ce temps-là. Il y avait une cabine téléphonique. J’ai quêté 25 cents. J’ai téléphoné et la personne au bout du fil m’a dit : « Il faut que vous soyez sobre une semaine avant d’entrer. » J’ai dit : « Madame, je suis même pas capable de rester sobre 10 minutes. [C’est] là là, tout de suite ou jamais. » Elle a dit : « Soyez sobre (…) » Fais que j’ai raccroché. »  (usager recruté à l’urgence) Fermer mauvaises expériences au moment de demander de l'aide aux services, ce qui a pu nuire à leur engagement mais également à des demandes d'aides subséquentes :

→ Certains n'ont pas apprécié l'attitude d'un intervenant;

Attitude de l'intervenant
- Lors du premier contact avec une ressource (en toxicomanie ou de première ligne), certains ne se sont pas sentis bien accueillis. Ils ont parfois eu l’impression d’être jugés ou non respectés des intervenants;
- D’autres n’ont pas perçu que leur intervenant était à l’écoute et empathique envers eux.

→ Quelques-uns n'ont pas aimé la modalité de traitement ou l'approche thérapeutique proposée;

Modalité de traitement et approche thérapeutique
- En fonction de leurs préférences et besoins spécifiques, certains n’ont pas apprécié, par exemple, les services résidentiels ou les traitements offerts en groupe, particulièrement quand la modalité ou le type de traitement était perçu comme le seule possible ou imposé;
- Les approches confrontantes étaient en général peu appréciées.

→ Des effets négatifs du traitement sont parfois ressentis;

Effets négatifs du traitement
- Le traitement a pu déclencher un état de manque. Par exemple, parler de la consommation peut donner envie de consommer;
- Le traitement a pu faire surgir des émotions difficiles à gérer.

→ Le passage d'un service à l'autre (lors d'une référence par exemple) ou le Roulement de personnel Extrait d’entrevue : « Mais des fois c’est que ça change de personnel. Pis là, faut que tu repartes à zéro. Tu te répètes, tu repars à zéro (…) Moi, me semble, je viens tanné. » (Jorge, usager recruté à l’urgence hospitalière) Fermer roulement de personnel sont aussi parfois difficiles à vivre pour certaines personnes.

D'un service à l'autre et roulement de personnel
- Reprendre le processus de dévoilement dans un autre service ou avec un autre intervenant demande de l’énergie;
- Le lien de confiance doit aussi être établi.

 

L'engagement en traitement: un facteur de changement

 

1. Malgré les obstacles à l’engagement en traitement, les personnes toxicomanes soulignent que les traitements en toxicomanie ont généralement eu des impacts positifs qui varient à différents niveaux :

  • Prise de conscience Extrait d’entrevue : « Ben ils [les intervenants] m’ont fait prendre conscience que j’avais vraiment un problème de consommation là. C’est eux autres qui m’ont vraiment fait comprendre que j’consommais pas mal trop. » (Ernest, usager recruté à la Cour) Fermer Prise de conscience, réflexion, évolution de la motivation;
  • Acquisition d’outils;
  • Changement dans la consommation mais aussi dans d’autres sphères de la vie des usagers (amélioration des conditions de vie, de la santé, des relations sociales, etc.).

 

2. L’évolution et l’internalisation de la motivation en cours de trajectoire : c’est possible!

Motivation
- La motivation est malléable et évolue au fil de la trajectoire de consommation et des épisodes de services;
- Notons également qu’une Motivation Extrait d’entrevue : « Depuis que je suis rentré [au centre de traitement], je vois que j’avais pas mal plus de problèmes que je pensais. (…) au début c’était pour sauver du temps (…) Parce qu’on m’a dit que ça m’aiderait sûrement pour ma sentence. (…) Mais ensuite (…) j’ai vu que ça pouvait m’aider pour vraiment. (…) Pour les comportements surtout, j’pensais que je n’avais pas [de problèmes] mais je suis ben plein. » (Ismaël, usager recruté à la Cour) Fermer motivation externe à suivre un traitement (par exemple, suite à des pressions de l’entourage ou du système judiciaire) peut s’internaliser en cours de traitement. Il est vrai que certains usagers ont eu recours à des services en toxicomanie pour répondre à des pressions externes. Pour cette raison, dans certains cas, en particulier lorsque la personne ne reconnaît pas son problème de consommation, le traitement n’a pas eu les effets bénéfiques escomptés. Dans d’autres cas toutefois, typiquement plus tard au cours de la trajectoire, les pressions externes ont été des leviers qui ont conduit à une augmentation de la motivation au changement et à entreprendre un traitement ou s’engager dans celui-ci. En effet, malgré une faible motivation initiale, des impacts positifs du traitement ont été rapportés par certains usagers.

3. Les services sont généralement appréciés des usagers;

Services
- Le non-engagement en traitement ne doit d’ailleurs pas toujours être attribuable aux services puisque, comme nous l’avons vu, d’autres facteurs personnels aux personnes toxicomanes entrent aussi en jeu. Tel que le soulignent les participants, la volonté de changer et d’améliorer sa qualité de vie est aussi importante.

4. Une bonne relation entre la personne toxicomane et son intervenant est un facteur important du succès thérapeutique;

Relation avec l'intervenant
- Bien que les usagers perçoivent les traitements comme étant efficaces, c’est aussi et surtout les Intervenants Extrait d’entrevue : « [l’intervenante] avait une très, très bonne écoute pis elle était là. Une personne qui était vraiment…J’me sentais tellement en sécurité avec cette personne-là (…) J’aurais pu lui compter tout, tout, tout, tout, tout. » (Arnaud, usager recruté à la Cour) Fermer intervenants qui les ont motivés à modifier leur consommation. Ils soulignent leur dévouement ainsi que les qualités qu’ils ont appréciées chez les intervenants et qui ont facilité l’établissement d’un lien de confiance : l’empathie, l’ouverture, l’écoute, le respect, la disponibilité, etc.

5. De leur côté, les gestionnaires et intervenants notent que le réseau en dépendance se démarque par des services nombreux, diversifiés et de qualité. Ainsi, Plusieurs options Extrait d’entrevue : « Et on travaille beaucoup la motivation à changer et je pense que l’une de nos spécificités, c’est qu’on peut travailler la diminution de la consommation et la réduction des méfaits (…) On peut offrir des services médicaux, psychologiques, toutes sortes de services qu’on peut offrir au niveau biopsychosocial. Répondre à ces trois niveaux-là. » (Centre de réadaptation en dépendance) Fermer plusieurs options sont possibles en fonction des besoins spécifiques de chacun. De plus, des efforts ont été déployés pour offrir ces services dans des milieux et réseaux variés pour rejoindre les personnes toxicomanes là où elles se trouvent.

Par exemple
- Certains CSSS  du Québec offrent des services de première ligne en dépendance sur le territoire de la clientèle, notamment de prévention, de réduction des méfaits (distribution de matériel de consommation) et d’intervention précoce telle que le programme Alcochoix+ pour les consommateurs d’alcool à risque;
- Certains hôpitaux où sont déployées les équipes de liaison des CRD évaluent et réfèrent la clientèle vers les services spécialisés en fonction de leurs besoins. À Montréal, il existe également un service spécialisé de médecine des toxicomanies au CHUM CHUM : Centre hospitalier de l’Université de Montréal. Fermer CHUM;
- À la Cour où est implanté, dans la région de Montréal, le Programme de traitement de la toxicomanie à la Cour du Québec qui vise à réduire la récidive criminelle en offrant un traitement spécialisé en dépendance aux contrevenants toxicomanes. Dans les autres régions du Québec, les ressources certifiées en dépendance évaluent la clientèle contrevenante qui souhaite suivre un traitement pour leur consommation;
- Dans le milieu carcéral où s’offrent des services médicaux (via le CSSS) pour soulager les symptômes de sevrage ou assurer le suivi des prescriptions de méthadone, ainsi que des ateliers de soutien tels que les groupes AA AA : Alcooliques anonymes Fermer AA et NA NA : Narcotiques anonymes Fermer NA. À Montréal, le programme Faculté-Vie est également disponible pour les récidivistes de la conduite avec facultés affaiblies, tandis qu’à Québec, un Département spécialisé offre un programme thérapeutique à la clientèle toxicomane pendant son incarcération.

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