constat 2

Des initiatives prometteuses de repérage, de détection et de référence ont été implantées au sein des réseaux, mais la situation demeure problématique dans les services de soins primaires

Repérage, détection et référence : les difficultés et les obstacles

 

  1. L’identification des problématiques de consommation d’alcool et de drogues n’est pas systématique au sein de tous les services non spécialisés en toxicomanie;
  2. Les outils de détection validés y sont peu utilisés;
  3. Le processus de détection en amont des problèmes présente des lacunes : les personnes qui éprouvent le plus de problèmes ont plus de chances d’être détectées.

 

De leur côté, les usagers nous disent qu'ils apprécient généralement les démarches des intervenants pour identifier leur problématique et les référer vers les services spécialisés. Toutefois, l’absence de services suite à une demande d’aide ou les longues périodes d’attente avant d’accéder à un service peuvent susciter :
- Déception et sentiment d’impuissance:
« Je me dis peut-être que j’étais pas à la bonne place pour faire la demande, je sais pas. C’est où qu’il faut faire la demande ? Même à l’hôpital 6, j’ai fait la demande, tu sais. J’ai demandé au psychiatre à l’hôpital 6, je lui ai dit : « Moi, j’aimerais ça rencontrer un psychologue aussi. » Pas de nouvelle. Fait que là, j’ai dit : « Criss ! Même à l’hôpital 6, j’ai pas eu de nouvelles. » Où il faut y aller, tu sais. » (Bernard, urgence hospitalière)
- Doute:
« J’ai jamais eu une thérapie comme tel. Là, j’en ai demandé, mais j’en ai pas eu encore. Là, peut-être que c’est à la veille, mais là pour tout de suite, j’en ai pas eu encore. […] Parce que c’est moi qui l’a fait [demander de l’aide au Groupe d’entraide A], comme je fais là. Tu sais ? Mais j’ai pas eu d’aide. Là, je vais le crier jusqu’à temps que j’en aie [de l’aide] parce que si je rechute, je vais m’en aller à Joliette en prison. » (Béatrice, Cour criminelle)
- Malaise, sentiment d’être incompris ou stress:
«[La médecin m’a dit] : « Si vous êtes agressive, on va appeler la sécurité ». […] C’est terrible le jugement quand on va à la recherche d’aide ! [temps de réflexion] C’est vrai, là, que c’est des drogues qui sont vendues sur le marché noir. OK. Je peux comprendre, mais…d’avoir besoin d’aide, là, puis de se faire juger comme ça… Ça donne le goût de retourner consommer, puis ça te donne pas envie d’aller plus loin chercher de l’aide, tu sais ? De dire : bon, c’est… c’est mon destin…» (Céline, CLSC)
Fermer
De leur côté, les usagers nous disent qu'ils apprécient généralement les déma...

Plusieurs facteurs explicatifs du point de vue des prestataires de services :

  • Peu d’effectifs disponibles en dépendance dans les ressources non spécialisées;
Peu d'effectifs disponibles
- Compressions budgétaires / sous-financement;
- Difficulté à mettre en place des services d’identification d’autres problématiques connexes, qui ne font pas toujours partie du mandat principal de la ressource;
- En 1re ligne : la toxicomanie est un mandat parmi tant d’autres;
- Manque de temps Extrait d’entrevue : « Parce que des fois tu ne vas pas la poser la question parce que tu sais que s’il dit « oui », ton patient-là, 15 minutes plus tard, tu ne pourras pas le voir. Parce que là, tu en as pour une heure avec lui. Alors c’est ça aussi qui fait en sorte que des fois, on prend le patient, puis on va le porter chez le voisin [une autre ressource]. » (Intervenant, CSSS-CLSC) Fermer Manque de temps/ surcharge des intervenants.
  • Les intervenants en première ligne ne se perçoivent pas comme des experts en dépendance;
Non experts en dépendance
- Ils ont reçu pour la plupart une formation minimale ou très générale en dépendance;
- De plus, le roulement de personnel nécessite constamment de former ou de sensibiliser aux problématiques de dépendances le nouveau personnel;
- Les intervenants peuvent se sentir peu outillés pour intervenir auprès de cette clientèle si un problème de toxicomanie est détecté.
  • Certains intervenants peuvent avoir des Idées préconçues Extrait d’entrevue : « Comme le personnel infirmier (…) c’est rare qu’il ait la possibilité d’aller dans ses formations-là (…) Pour moi, l’impact premier dans ma tête est la banalisation de la toxicomanie : « Ils ont juste à arrêter ». Ça arrive régulièrement qu’on puisse entendre ce commentaire-là. » (Intervenant, CSSS-CLSC) Fermer idées préconçues envers la problématique et être moins intéressés à intervenir auprès de cette clientèle;
Par exemple, certains intervenants peuvent
- Banaliser les problèmes de dépendance;
- Estimer que la personne peut facilement changer d’elle-même : « la personne n’a qu’à se prendre en main »;
- Supposer que la clientèle toxicomane est peu motivée et qu’il est difficile de les aider;
- Croire que les traitements en dépendance ne sont pas efficaces.
  • Certains intervenants éprouvent un Malaise Extrait d’entrevue : « Moi je trouve que la notion de malaise des intervenants est assez importante là-dedans (…) Est-ce qu’on est assez outillé ? Est-ce qu’on sait quoi faire ? Est-ce que c’est contre nos valeurs ? On peut mettre plein d’ingrédients dans ce malaise-là qui fait qu’on ne va pas pousser plus loin et on espère qu’il [le client] ne nous en parlera pas. » (Gestionnaire, CSSS-CLSC) Fermer malaise face à la toxicomanie;
Malaise face à la toxicomanie
- Gêne à questionner la consommation d’un client qui ne nomme pas d’emblée son problème et qui consulte pour d’autres motifs;
- Peur de briser le lien de confiance établi en posant des questions sur les habitudes de consommation.

 

Repérage, détection et référence : les forces et les facteurs facilitant

 

1. Au Québec, certaines stratégies ont permis de faciliter le repérage et/ou la détection et la référence vers les services spécialisés. Par exemple:

  • Déploiement d'outils de repérage et de détection des problèmes de dépendance;
Outils de repérage et de détection
- Des questions de repérage : quelques questions parfois intégrées aux outils d’évaluation couramment utilisés dans leurs services;
- L’outil de détection DEBA-Alcool/drogues implanté dans plusieurs services de première ligne.
Notons que plusieurs des personnes toxicomanes rencontrées ont fréquenté des institutions où étaient implantées ces équipes de liaison. Le discours de ces usagers souligne la facilité de référence et la rapidité de la prise en charge associées à ces corridors de services. Fermer Notons que plusieurs des personnes toxicomanes rencontrées ont fréquenté des ins...
  • Déploiement d'un programme de formation nationale en dépendance du MSSS pour les services de première ligne;
Formation nationale en dépendance
- Formation en deux volets sur les connaissances de base en dépendance, le repérage, les outils de détection, l’intervention précoce et l’approche motivationnelle;
- Les intervenants sont ainsi de plus en plus Sensibilisation Extrait d’entrevue : « Elles [infirmières en petite enfance] ont été beaucoup sensibilisées, formées à dépister et [mon collègue dédié en dépendance] me disait qu’il y avait vraiment une grande motivation de la part du personnel de ces équipes-là à traiter ça et à recevoir l’information à ce sujet-là. » (Gestionnaire, CSSS-CLSC) Fermer sensibilisés à la problématique, connaissant des traitements et plus enclins à initier des interventions auprès de la clientèle présentant des troubles de consommation.
  • Création d'équipes de liaison spécialisées en dépendance qui soutiennent les services non spécialisés dans l'évaluation et la référence de la clientèle toxicomane;
Équipes de liaison spécialisées
- Des équipes de Liaison Extrait d’entrevue : « (…) nos intervenants à l’urgence et l’équipe de santé mentale à l’urgence, quand ils détectent, ils ont une façon très simple et rapide d’arriver à faire faire l’évaluation et puis même une offre de services via l’infirmière [de liaison du CRD] qui se présente à tous les jours. Donc ça aussi c’est une grande porte d’entrée. Alors oui, en ce sens-là, c’est efficace. » (Gestionnaire, centre hospitalier) Fermer liaison de Centres de réadaptation en dépendance (CRD) implantées dans les milieux hospitaliers de plusieurs régions du Québec;
- Le Programme de traitement de la toxicomanie de la Cour du Québec (PTTCQ), etc.
  • Consolidation de la première ligne CSSS-CLSC qui a un mandat de repérage, détection et d'orientation de la clientèle dépendante.
Consolidation de la première ligne
- Des intervenants dédiés au programme dépendance sont présents dans certains CSSS du Québec et sont déployés selon différents modèles, par exemple : un expert-conseil en dépendance disponible pour les équipes cliniques, un intervenant pivot en dépendance dans chaque programme du CSSS, des agents en dépendance intégrés dans l’équipe de santé mentale, etc.;

. Ces intervenants ont travaillé à sensibiliser les professionnels du CSSS et les partenaires du réseau à la problématique en faisant la promotion du programme-services dépendance du CSSS, en diffusant de l’information sur les dépendances, en rendant disponible des outils d’intervention et en agissant à titre de Personnes ressources Extrait d’entrevue : « Puis on se réfère aussi à [nom de la personne] qui est la responsable là en dépendance (…) On se réfère beaucoup, beaucoup à elle pour dire : « Regardes, on a cette situation-là. Comment on s’enligne ? Qu’est-ce qu’on fait ? » (Gestionnaire, CSSS-CLSC) Fermer personnes ressources.

- Des stratégies locales et des outils ont été implantés au sein de certains CSSS pour mieux définir l’offre de services et faciliter son appropriation et sa diffusion au sein du réseau. Par exemple : dépliant qui présente les services offerts, informations mises en ligne sur le site Internet, diffusion d’un plan de la trajectoire de services au sein du réseau local, etc.

Cette ouverture et expertise des professionnels se reflètent dans le discours des usagers qui ont souligné certaines expériences positives au moment de l’accueil dans les ressources. « Ben il [l’intervenant impliqué dans la référence] était toujours humain, il était compréhensif, pis il m’a proposé ça [le traitement]. En me proposant un peu la réduction de ma consommation, mais pas l’abstinence totale. » (Berthe, urgence hospitalière) Fermer Cette ouverture et expertise des professionnels se reflètent dans le discours des usagers qui ont s...

2. Certains professionnels non spécialisés en dépendance ont développé une expertise d’intervention et une bonne connaissance des ressources disponibles en dépendance, et ce, au fil de leur expérience de travail auprès d’usagers qui présentent fréquemment des problèmes de consommation. Ces personnes agissent parfois à titre de personnes-ressources auprès de leurs collègues;

3. Les organisations qui interviennent en première ligne, telles que les CSSS, offrent certains services de proximité qui facilitent le travail de sensibilisation auprès d’une clientèle qui n’aurait pas nécessairement demandé de l’aide pour leur problème de consommation;

De leur côté, les usagers nous disent que :
. Ils apprécient généralement les démarches des intervenants pour identifier leur problématique et les référer vers les services spécialisés. Ces interventions peuvent avoir des impacts significatifs :
- Amorcer une réflexion en regard de leur consommation;
- Déclencher une demande d’aide;
- Faciliter le processus de recherche d’aide et d’accès aux services.
. Une attitude empathique, ouverte et non-jugeante de la part des intervenants au moment de la détection est importante pour eux.
« Là ça a commencé à débouler [suite à une référence] (…) Bien moi j’étais prête à prendre tout ce qui était offert. Regarde, pour une fois que j’avais enfin des services que j’attendais depuis longtemps, depuis 10 ans que je me bats pour [en] avoir. Enfin j’ai des services, j’ai quelqu’un [l’intervenant référent] qui me dit [que] je vais avoir enfin du soutien. » (Debbie, l’urgence urgence hospitalière)
Fermer
De leur côté, les usagers nous disent que :
. Ils apprécient généralement les démarches ...

4. Les réseaux de la santé et judiciaire démontrent de plus en plus Accompagnement Extrait d’entrevue : « J’ai déjà accompagné quelqu’un dans le temps à l’hôpital. Tout le monde se lançait la patate chaude. Personne ne voulait parce que la personne consommait. Il n’y a personne qui voulait donner les services alors que là, c’est quand même un peu mieux. » (Intervenant, CSSS-CLSC) Fermer d'ouverture envers les problématiques de consommation d’alcool et de drogues et une plus grande volonté à répondre aux besoins de cette clientèle.

 

Lire le troisième constat